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PĂ©dagogie de projet : de quoi parle-t-on ?

Entretien avec Véronique Lelièvre, directrice du pôle Animation (formation professionnelle volontaire) à l’association CEMEA Ile-de-France, qui est intervenue lors du dernier atelier de mutualisation de pratiques du réseau des Groupements de Créateurs.

Qu’est-ce que la pédagogie de projet ?

C’est une forme de pédagogie dans laquelle la personne accompagnée est associée de manière contractuelle à l’élaboration de ses savoirs. Elle suppose donc un contrat entre l’accompagnateur et la personne, qui comporte des droits et des devoirs. Par exemple, si on accompagne un jeune dans la création de son activité, le contrat suppose de définir ce qu’on se donne ensemble comme moyens et objectifs et quels sont les savoirs à acquérir pour que la personne puisse aboutir à cette création d’activité.
La personne est libre d’adhérer ou pas au contrat de départ. Une fois accepté, le contrat fournit un cadre de référence dans l’accompagnement, particulièrement structurant pour les personnes ayant connu des parcours chaotiques précédemment.
La pédagogie de projet suppose une idéologie spécifique qui considère la personne dans un processus, avec des compétences issues notamment de l’expérience, depuis l’enfance. La mission de l’accompagnateur est de mettre ces compétences en exergue ou de pouvoir les réveiller par la pédagogie du projet.
Dans ce cadre, la notion de projet suppose un processus de changement. Un projet met la personne en activité, entendue au sens très large : physique, intellectuelle, motrice… toute activité qui va construire la personne.

Quelles sont les origines de la pédagogie de projet ?

La pédagogie de projet est née dans le cadre du courant de l’Education nouvelle, qui trouve ses prémisses dès 1859. Ce courant réunissait des philosophes et des psychologues autour d’un questionnement concernant l’accompagnement des enfants traversant des difficultés scolaires. La fondatrice des CEMEA, Gisèle de Failly appartenait à ce courant international, ainsi que Célestin Freinet et Roger Cousinet, références de l’Education nouvelle en France, mais aussi John Dewey aux Etats-Unis et Ovide Decroly en Belgique.
On parle toujours d’Education « nouvelle » car elle demeure peu répandue. Les écoles Freinet, Decroly, Montessori sont rares, souvent privées et réduites à l’enseignement primaire. Cela peut s’expliquer notamment par le fait que l’Education nouvelle implique une manière de penser différemment la personne dans la société. Or dès qu’on s’appuie sur les personnes, on prend nécessairement le risque qu’elles s’approprient les systèmes, voire qu’elles les renversent. L’Education nouvelle n’est pas à mettre en opposition avec l’enseignement traditionnel. Ces deux approches diffèrent uniquement dans la posture qu’elles impliquent : l’enseignement traditionnel implique une posture de discipline, avec un rapport bicéphale, où seul l’enseignant a la parole, alors que l’Education nouvelle met la personne apprenante au centre, de manière à ce qu’elle apprenne par elle-même.

Quel est l’intérêt de la pédagogie de projet ?

La pédagogie de projet permet d’agir sur cinq dimensions :

1- une dimension « thérapeutique », au sens de la construction de l’estime de soi, du développement personnel, de la prise de conscience de ce qu’on est en train de faire. La pédagogie de projet permet aux personnes de s’engager dans des activités dont elles perçoivent le sens, ce qui peut révéler des motivations pour d’autres domaines, par exemple une nouvelle orientation professionnelle.

2- une dimension didactique. La personne accompagnée prend conscience qu’elle va devoir se mettre au travail sur certains apprentissages qu’elle ne détient pas encore et qui seront pourtant nécessaires à son projet. Le rôle de l’accompagnateur est d’accompagner ces apprentissages et de révéler les acquis.

3- une dimension économique et de production
. Même si le projet est fantasmé et idéalisé au départ, il doit très vite s’inscrire dans la réalité, en tenant compte des contraintes économiques, matérielles, humaines et temporelles. L’accompagnateur doit accompagner cette confrontation et cette prise en compte de la réalité.

4- une dimension sociale car le projet permet une ouverture vers les autres, vers d’autres institutions avec lesquelles la personne va être en lien. Il permet également de se confronter ou s’affronter sur des points de vue.

5- un dimension politique et philosophique
. La démarche de projet implique une démarche d’apprentissage de la vie collective, c’est donc aussi l’occasion d’une formation à la vie civique, pour apprendre à être citoyen dans la société.

Ce n’est donc pas si simple d’accompagner selon les principes de la pédagogie de projet, car cela suppose d’inscrire l’accompagnement dans ces cinq fonctions et de détenir des compétences multiples.

Comment encourager des personnes à entrer dans une démarche de projet ?

La personne doit être volontaire, on ne peut pas la forcer à entrer dans une démarche de projet si elle n’est pas encore prête.
Par ailleurs, une démarche de projet est une aventure engagée, un défi qu’on va se lancer, qui suppose donc une motivation de la personne. Le rôle de l’accompagnateur est d’aider la personne à identifier ses motivations réelles.
Enfin, la concrétisation du projet n’est pas la finalité, il n’est que le moyen d’acquérir un certain nombre d’apprentissages. Les personnes vont tâtonner pour résoudre les problèmes qui se présentent à elles. Il est primordial de laisser cette phase de tâtonnement se réaliser, et d’aider la personne à résoudre ces difficultés, sans faire à la place de la personne, sinon le projet risque de devenir celui de l’accompagnateur. Cela implique pour les accompagnateurs de résister aux pressions institutionnelles pour l’obtention de résultats.
Au final, le projet n’est jamais celui qui avait été pensé au départ, car il se construit au fur et à mesure.


Propos recueillis en mai 2014 par Cécile Campy


 


Quelques références pour aller plus loin :

- Le site de Philippe Merieu www.philippemerieu.com
- Le site québecois www.protic.net, sur une expérience fondée sur les travaux de Célestin Freinet.


Publié le 30/05/2014

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