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Du côté du Québec : échange avec Catherine Hébert, Agent de sensibilisation à l’entrepreneuriat

Depuis 2004 se déploie au Québec le Défi de l’entrepreneuriat jeunesse, vaste programme gouvernemental de promotion de l’entrepreneuriat auprès des jeunes de 6 à 35 ans. Sur le terrain, le Défi repose sur 75 agents de sensibilisation à l’entrepreneuriat qui sont rattachés aux Carrefours Jeunesse-Emploi (CJE). Les CJE sont l’équivalent de nos Missions Locales, avec une définition plus large du public, puisqu’ils accompagnent tous les jeunes, qu’ils soient au chômage ou pas, et jusqu’à 35 ans.
Catherine Hébert, agent de sensibilisation dans un CJE de Montréal, est venue en janvier en France échanger avec quelques acteurs de l’entrepreneuriat, tels que les Chambres de Commerce, La Ruche, La Nouvelle PME et les Groupements de Créateurs de Sénart et de Vaulx-en-Velin, lors d’une mission qu’elle a pu réaliser grâce au soutien de l’Office franco-québécois pour la jeunesse.
Nous avons rencontrée Catherine à cette occasion pour en savoir davantage sur les actions qu’elle mène à Montréal et sur le regard qu’elle porte sur nos pratiques françaises de sensibilisation à l’entrepreneuriat.

Pourquoi le Gouvernement du Québec a-t-il mis en place le Défi de l’entrepreneuriat jeunesse ?
L’entrepreneuriat ne fait pas partie de notre culture au Québec. Des études montrent que les intentions d’entreprendre sont nettement moins élevées chez les Québécois que chez les autres Canadiens, et ce de façon plus marquée encore parmi les Québécois francophones par rapport aux Québécois anglophones. C’est pour cela que le Défi de l’entrepreneuriat jeunesse a décidé de développer l’esprit d’entreprendre, « entreprendre » étant entendu au sens large : encourager les jeunes à développer des compétences, des attitudes et des valeurs pour entreprendre leur vie de façon autonome et prendre des initiatives. Par le biais d’activités entrepreneuriales, il s’agit de permettre aux jeunes de prendre conscience de leurs qualités et de leurs compétences, telles que le leadership, la persévérance ou la créativité. Le but n’est donc pas nécessairement que les jeunes créent leur entreprise. Le cheminement qu’on leur propose peut au contraire les conduire à renoncer à un projet de création.
L’impact du défi commence à se percevoir : alors qu’il a fallu faire un lobbying intensif pour entrer dans les écoles les premières années, l’entrepreneuriat fait aujourd’hui partie intégrante du programme scolaire. Les connotations négatives de l’entrepreneuriat s’atténuent et l’entrepreneuriat social se répand progressivement notamment par le biais des coopératives.

Concrètement, quelles sont les actions menées par votre CJE pour sensibiliser les jeunes Montréalais à l’entrepreneuriat ?
Le CJE Centre-Sud | Plateau Mont-Royal | Mile-End organise depuis 2007 la semaine Pleins feux sur l’entrepreneuriat. Cet événement d'envergure permet chaque année à près de 300 jeunes de découvrir l’entrepreneuriat et de s’outiller en participant à des ateliers, des conférences et des activités de réseautage. Il s’adresse autant aux jeunes déjà lancés en affaires, qui viennent chercher des compléments de formation, qu’à ceux qui ont le rêve caché de se lancer mais qui n’ont pas d’idée précise. Un atelier leur permet de vivre un processus d’idéation de projet, pour trouver une idée et définir comment attacher cette idée à leur personne, à ce qui les « allume » et leurs compétences. Il y a aussi une autre partie de notre clientèle qui vient avec une idée, l’objectif est de les aider à clarifier leur idée et à la valider.
Nous avons aussi mis en place une action spécifiquement dédiée aux jeunes artistes, le Concours Portfolio, dont l’objectif est de les sensibiliser à la réalité du milieu artistique et à l’importance de réaliser un portfolio de qualité. Lors de la dernière édition, 63 artistes ont bénéficié d’une formation professionnelle puis ont déposé leur dossier, composé de leur portfolio et de leur CV d’artiste. 14 finalistes sélectionnés par le jury ont ensuite eu la chance de participer à une grande soirée de clôture et 3 gagnants ont été récompensés par des prix.
Parallèlement, je participe à la rédaction d’un recueil d’activités intitulé « Le secret est dans l’action », destiné à aider les professionnels qui veulent faire des projets entrepreneuriaux avec des jeunes. J’interviens aussi dans les écoles de métiers qui forment les coiffeuses et les esthéticiennes, dans le cadre d’un atelier « L’entrepreneuriat comme choix de carrière », pour leur parler de cette alternative au marché du travail. Enfin, je mène quelques actions auprès des enseignants du secondaire qui veulent faire des projets avec leurs élèves ou faire venir des entrepreneurs en classe. Dans ce cadre on a créé un recueil d’activités entrepreneuriales ludiques pour les plus jeunes, Vitamine E, accessible en ligne gratuitement.

D’après ce que vous avez observé lors de votre mission en France, qu’est-ce qui différencie la jeunesse québécoise de la jeunesse française ?
Au Québec, presque tous les étudiants quittent le logis familial tôt et ont donc besoin de travailler pour avoir un revenu. Ainsi, la plupart des jeunes entrent rapidement sur le marché du travail, même s’il ne s’agit dans un premier temps que de « petits boulots » dans les boutiques, les cafés ou les restaurants, qui ne correspondent pas à leur niveau ou à leur domaine d’études.
Par ailleurs, la pauvreté au Québec n’est pas concentrée dans certains quartiers comme en France. Des organismes communautaires viennent en aide aux gens qui sont les plus défavorisés mais ce n’est pas nécessairement par rapport à un territoire en particulier, alors qu’en France de nombreux dispositifs visent les quartiers en difficulté.
Enfin et surtout, j’ai l’impression que notre vision québécoise de l’entrepreneuriat est plus large que celle que vous avez en France, où quand on parle d’entrepreneuriat, on se réfère en général à la création d’entreprise. De ce fait, le lien entre l’entrepreneuriat et l’école semble beaucoup moins évident en France. Au Québec, l’école se doit d’être « orientante », c’est-à-dire que dès le début du secondaire, on essaie d’aider les jeunes à trouver leur voie sur le marché du travail par tous les moyens, y compris des projets entrepreneuriaux menés en classe.

Est-ce que vous croyez que la démarche Groupement de Créateurs serait pertinente au Québec ?

L’approche des Groupements de Créateurs, qui vise à favoriser l’expression et l’émergence de projets, rejoint la vision québécoise de l’entrepreneuriat. Nous l'avons expérimentée au sein du CJE en 2009 et nous aimerions renouveler l’expérience en lien avec un club de réseautage. Pour le moment, en dehors de nos événements Pleins feux sur l’entrepreneuriat ou Concours Portfolio, nous accompagnons les jeunes de façon individuelle uniquement, on ne leur propose pas d’activités de groupe qui perdurent dans le temps.
Aussi, je pense qu’une phase d’émergence aurait sa place au CJE, pour aider les jeunes à avancer dans leur processus de réflexion sur ce qu’ils veulent faire, ce qu’ils aiment faire et les encourager à développer des actions pour parvenir à vivre de leur projet. En revanche il me semble qu’il serait extrêmement compliqué de convaincre une université ou un Cegep de monter une formation du type DUCA (le Diplôme d’Université de Créateur d’Activité mis en œuvre par les Groupements de Créateurs) et ce ne serait pas forcément pertinent, car de nombreux organismes offrent déjà des formations à faible coût sinon gratuites, et accessibles aux jeunes de faible niveau de qualification, qui n’ont pas le diplôme d’études secondaires (l’équivalent du baccalauréat français).
On aimerait pouvoir accueillir des jeunes des Groupements de Créateurs lors de nos prochaines éditions de Pleins feux sur l’entrepreneuriat, un projet est en cours de réflexion. S’il y a des Français qui débarquent au Québec, vous êtes les bienvenus à la semaine Pleins feux sur l’entrepreneuriat qui se déroule du 16 au 19 avril !

Propos recueillis par Cécile Campy


Pour contacter Catherine Hébert : catherine@cjeplateau.org

Pour en savoir plus sur :
- l'Office franco-québcois de la jeunesse : http://www.ofqj.org/
- le CJE Centre-Sud | Plateau Mont-Royal | Mile-End : http://www.cjeplateau.org/index.php


Publié le 14/03/2012

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