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Rencontre avec Saïd Yahiaoui, initiateur du Groupement de Créateurs de Vaulx-en-Velin

Après 6 années d’exercice et une année de pause pour faire le point et envisager l’avenir, le Groupement de Créateurs de Vaulx-en-Velin a repris ses activités avec l’Université Lumière Lyon 2 et un nouveau partenaire : la Région Rhône-Alpes.
Rencontre avec Saïd Yahiaoui, Premier adjoint au Maire, initiateur du Groupement de Créateurs de Vaulx-en-Velin et également très investi en faveur de l’entrepreneuriat à l’Université Lumière Lyon 2 où il est Maître de conférences.

Comment le Groupement de Créateurs de Vaulx-en-Velin a-t-il démarré ?
Vaulx-en-Velin cumule les problématiques d’insertion des jeunes et d’échec scolaire, avec une population qui est la plus pauvre du département et deux fois plus de jeunes que la moyenne départementale. Il y a bientôt 10 ans, les élus de la Ville ont souhaité développer des dispositifs d’insertion dédiés aux jeunes. La Délégation ministérielle des villes (DIV) faisait à l’époque la promotion du Groupement de Jeunes Créateurs. J’ai alors rencontré Didier Dugast, initiateur du concept à la Mission Locale de Sénart en coopération avec l’IUT de Sénart. Le principe du Groupement de Créateurs nous a beaucoup plu : sensibiliser à l’entrepreneuriat les jeunes issus des quartiers, en échec scolaire, et leur permettre de construire un projet avec une formation diplômante à la clé.
On s’est inspiré de la méthodologie générale du Groupement de Jeunes Créateurs, avec ses trois moments, c’est-à-dire en premier lieu l’identification des porteurs de projet, puis la phase d’émergence, et enfin la phase de formation au Diplôme d’Université de Créateur d’Activité (DUCA). J’avais la chance d’être également Président de la pépinière d’entreprises Carco à Vaulx-en-Velin, ce qui a permis d’offrir un accès privilégié à la pépinière aux jeunes du Groupement de Créateurs.
La première session a été mise en place en 2005 avec l’appui et la logistique de la Ville de Vaulx-en-Velin et des financements du Fonds Social Européen (FSE).

Comment s’est déroulée la mise en place du partenariat avec l’Université de Lyon 2 ?
Ayant beaucoup œuvré au développement d’un programme d’entrepreneuriat ouvert à tous les étudiants de l’Université Lumière Lyon 2, j’étais très attaché à l’idée de faire rentrer à l’Université des jeunes porteurs de projet non bacheliers.
Créer le Diplôme d’Université supposait de le faire voter par le Conseil de la faculté de sciences économiques puis par le CEVU (Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire). Le passage par le Conseil de faculté a été le plus délicat car de nombreux universitaires ne pouvaient concevoir que des jeunes de niveau BEP ou CAP puissent accéder à un diplôme de niveau Bac. Heureusement, le doyen de la faculté de l’époque, André Tiran, qui préside aujourd’hui l’Université de Lyon 2, a farouchement défendu le projet. On a ensuite présenté le projet au CEVU, qui a été moins difficile à convaincre. Certains syndicats étudiants s’opposent à la création de tout Diplôme d’Université, considérant que tout diplôme doit être national. L’idée du DUCA les séduisant malgré tout, ils ont accepté de s’abstenir le jour du vote.

Comment le Groupement de Créateurs a-t-il évolué depuis sa création en 2005 ?

Le dispositif a bien fonctionné dans l’ensemble, mais il a fallu adapter la pédagogie et les contenus au fur et à mesure des sessions et des années. On s’est par exemple aperçu que le suivi individuel des jeunes était crucial du début jusqu’à la fin du dispositif, et pas seulement pendant la phase d’émergence. Lors de la première année, on a perdu deux stagiaires parce que leur situation sociale avait complètement changé pendant la formation - l’un d’eux s’est retrouvé à la rue. Les trois premières années, un conseiller de la Mission Locale était chargé de l’accompagnement, mais la Mission Locale a dû se retirer par manque de moyens. Depuis, le suivi individuel est assuré en phase d’émergence et pendant la formation par des professionnels issus des services jeunesse et économique de la Ville de Vaulx-en-Velin et de la pépinière d’entreprises.
Le personnel universitaire en charge du suivi administratif des stagiaires a également appris à mettre les jeunes en confiance, à les encourager à exprimer leurs peurs et la hantise qu’ils ont concernant les questions administratives. Les jeunes ont toujours des difficultés fournir les documents nécessaires à leur inscription, il faut de la patience pour les comprendre et travailler avec eux. On se rend progressivement compte de phénomènes externes, par exemple un jeune qui ne donne pas son RIB ne dira qu’au bout d’un certain temps qu’il est interdit bancaire.
Ce n’est pas évident pour les jeunes de se retrouver pendant 5 mois à l’Université, dans un monde inconnu. Ils sont parfois regardés de travers par certains enseignants comme s’ils étaient des bandits ! Ce regard des autres est vécu difficilement par les jeunes, d’autant plus qu’ils arrivent dans un monde dont ils ne connaissent ni les codes, ni les pratiques, et dans lequel ils n’avaient jamais osé rêver mettre les pieds. On mène désormais un travail de prévention auprès des professeurs, pour qu’ils fassent attention à la manière dont ils accueillent les jeunes du Groupement de Créateurs. Parallèlement, une semaine de découverte permet aux jeunes de se familiariser progressivement avec l’Université : ils visitent les locaux, la bibliothèque interuniversitaire, ils rencontrent les professeurs, le doyen et le personnel administratif.
On a tiré une autre leçon : les enseignants du secondaire ont une pédagogie mieux adaptée au profil des stagiaires, alors que les enseignants du supérieur partent du principe que l’étudiant est indépendant, qu’il sait se débrouiller, ce qui n’est pas le cas des jeunes du Groupement de Créateurs. On travaille ainsi avec trois enseignants du secondaire, fidèles d’année en année, qui assurent la base de l’enseignement et accompagnent les stagiaires.
On a également modifié le rythme d’apprentissage, avec des matinées d’enseignement et des après-midi en groupe projet où les jeunes mettent en œuvre les enseignements qu’ils ont acquis, par exemple sur l’étude de marché, la fiscalité, le montage juridique ou financier, etc.
Enfin, on a décidé assez vite de réduire les promotions, parce que pédagogiquement, il est difficile de fonctionner avec 16 stagiaires, comme nous le faisions initialement. On a désormais 12 personnes par promotion en formation DUCA, ce qui me paraît être la bonne dimension.

Pourquoi avoir pris une année de pause ?

Avec le temps, on s’est rendu compte qu’il était de plus en plus difficile d’identifier des porteurs de projet sur le territoire de Vaulx-en-Velin. Plusieurs facteurs semblent y avoir contribué, notamment la mise en place d’un dispositif qui s’adresse au même public, Créajeune, mais aussi le fait que les acteurs locaux tels que les centres sociaux, MJC, clubs sportifs, et autres associations structurantes transmettent moins l’information au public.
Aussi, fin 2010, j’ai proposé au comité de pilotage du Groupement de Créateurs de prendre une année pour réfléchir au projet et envisager de l’ouvrir à d’autres territoires, afin d’élargir le recrutement à l’ensemble de l’agglomération lyonnaise et non pas seulement aux jeunes de Vaulx-en-Velin. On a donc rencontré un certains nombres d’acteurs de l’agglomération, notamment les collectivités et les Missions Locales, en leur proposant d’identifier des porteurs de projet et d’être acteurs avec nous de l’émergence puis du suivi en formation universitaire. Seuls quelques territoires ont réagi, notamment celui de Saint-Fons, qui a des caractéristiques très proches de celles de Vaulx-en-Velin en termes de population, et dont la Sénatrice-Maire, Christiane Demontès, est très engagée sur les questions d’insertion.
Malgré cette réaction un peu « molle » des territoires, on a décidé de poursuivre l’aventure du Groupement de Créateurs, fort des réussites obtenues les premières années. Le dispositif a en effet permis d'accompagner 200 jeunes depuis son démarrage, dont 67% ont depuis retrouvé un emploi, entamé une formation qualifiante ou créé leur activité. 80% des jeunes qui ont suivi la formation ont obtenu le diplôme. L’enjeu de l’insertion est important, même s’il ne s’agit que de 30 à 50 jeunes par an.

Dans quelles conditions le Groupement de Créateurs redémarre-t-il cette année ?
Alors qu’on n’avait jamais réussi jusqu’ici à obtenir une prise en charge des jeunes sous le statut de stagiaire de la formation professionnelle, compétence régionale, la rencontre avec Philippe Meirieu, nouveau vice-président de la Région Rhône-Alpes, a permis de débloquer la situation. Chercheur spécialiste des sciences de l’éducation et de la pédagogie, Philippe Meirieu souhaite justement que les politiques publiques régionales favorisent l’accès des publics peu qualifiés à l’Université. Ainsi, le Groupement de Créateurs correspond à sa vision de ce que doit être l’action publique locale sur des territoires comme les nôtres.
Ainsi, sous réserve du vote des élus régionaux en commission le 29 mars, les jeunes devraient avoir le statut de stagiaire de la formation professionnelle pendant la formation DUCA et, dans ce cadre, recevoir une rémunération mensuelle de 300 à 700 € selon les cas. De ce point de vue, la situation devrait être assez confortable pour les stagiaires pour la première fois. La Région attribuerait par ailleurs une subvention de fonctionnement au Groupement de Créateurs à hauteur de 2000 € par stagiaire, qui viendra compléter les financements du FSE et de la Ville de Vaulx-en-Velin.

Quelles sont vos attentes vis-à-vis du réseau national des Groupements de Créateurs ?
Il serait intéressant de développer une réflexion opérationnelle pour rendre plus performante la phase d’identification des porteurs de projet. Paradoxalement, c’est cette première phase qui nous pose le plus de difficultés, à l’instar d’autres dispositifs dédiés aux jeunes sur d’autres territoires. C’est un exercice beaucoup plus long et complexe qu’on pouvait ne l’imaginer au départ.
Or je ne peux pas accepter l’idée que sur les milliers de jeunes de l’agglomération lyonnaise qui sont en situation d’échec scolaire et de déshérence, il n’y en ait pas quelques dizaines qui aient envie de créer leur activité et de saisir cette opportunité pour faire quelque chose de leur vie.
Il faut prendre cette question à bras le corps, car c’est notre responsabilité en tant qu’acteurs opérationnels de trouver des solutions. Aussi, je suis prêt à contribuer et à mettre à disposition des moyens pour permettre une réflexion commune au sein du réseau national des Groupements de Créateurs.

Propos recueillis par Cécile Campy


Pour contacter le Groupement de Créateurs de Vaulx-en-Velin :
Tél. : 04 72 04 78 05


Publié le 14/03/2012

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