Les Groupements de Créateurs permettent à toute personne de développer sa propre activité :
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Rencontre avec Marc Zimmermann, directeur adjoint de la Mission Locale des Bords de Marne (94)

Pourquoi la Mission Locale des Bords de Marne a-t-elle souhaité mettre en place un Groupement de Créateurs ?
Le directeur de la Mission Locale des Bords de Marne, Moncef Jendoubi, a été approché en 2005 par Didier Dugast, directeur de la Mission locale de Sénart et de l’Association Nationale des Groupements de Créateurs (ANGC). Moncef Jendoubi a été immédiatement sensible à la démarche car il voyait dans le Groupement de Créateurs un outil formidable d’autonomisation par la culture entrepreneuriale. Pour lui, le Groupement de Créateurs permettait de renouer avec l’esprit originel des Missions Locales, tel que défendu par leur fondateur Bertrand Schwartz, qui rappelle encore aujourd’hui que les Missions Locales ne sont pas là que pour faire de la « mise à l’emploi » avec des ateliers CV ou lettre de motivation, mais bien pour être à l’écoute des jeunes et innover.
Pour ma part, je dois reconnaître que j’étais plutôt réticent pour deux raisons : d’une part l’accompagnement à la création d’activité ne correspondait pas à une demande exprimée par les jeunes, et d’autre part, il semblait qu’il y avait déjà pléthore d’opérateurs dans ce domaine. Effectivement, quand on a organisé une première rencontre avec l’ANGC et tous les intervenants de notre territoire sur la création d’activité, la salle était pleine, avec la Boutique de Gestion, la Chambre de Commerce, la Chambre des Métiers, la plateforme d’Initiative Locale, Vivre et Entreprendre … Devant cette foule d’opérateurs, je me demandais ce qui pouvait justifier qu’on mette en place un dispositif de plus. Or un tour de table des opérateurs présents nous a permis de nous rendre compte qu’ils recevaient très peu de jeunes et que leurs projets étaient souvent jugés comme n’étant pas assez définis ni mûrs. Or ce que défendait Didier Dugast, c’est que lorsqu’un jeune a une idée ou un rêve, qui paraît irréaliste, il ne faut pas souffler sur l’étincelle, mais l’accueillir et accompagner cette irréalité vers un projet qui va devenir, au fur et à mesure des différentes d’étapes pédagogiques, de plus en plus concret et réaliste.
A ce moment j’ai été convaincu de la pertinence de la démarche car j’ai compris, d’une part, que le Groupement de Créateurs n’était pas un dispositif de création d’activité mais une méthode innovante pour autonomiser et responsabiliser la jeunesse, et que, d’autre part, ce n’est pas toujours la demande qui fait l’offre, mais c’est aussi l’offre qui fait la demande : la condition pour que les jeunes viennent parler de leur projet de création d’activité à leurs conseillers, c’est qu’ils identifient la Mission Locale comme un lieu où ils peuvent être accompagnés dans cette démarche.

Comment se sont déroulés le démarrage du Groupement de Créateurs et la mise en place du partenariat avec l'Université de Marne-la-Vallée et la Boutique de Gestion ?

On s’est lancé dans l’aventure dès le mois de mai 2006, après avoir été formé par l’ANGC. La Mission Locale a une mission de service public à l’échelle d’un territoire, donc elle doit logiquement se rapprocher de ses partenaires locaux. Un des intérêts du Groupement de Créateurs est de nous obliger à nous rapprocher de partenaires inhabituels, tels que l’Université et la Boutique de Gestion.
On a eu beaucoup de chance avec nos interlocuteurs de l’IUT de Marne-la-Vallée, car ils ont très vite compris l’intérêt de la démarche. Dominique Présent, à l’époque directeur de l’IUT, souhaitait justement donner un nouvel élan à l’IUT en l’ouvrant à de nouveaux dispositifs de formation et surtout à de nouveaux publics. Ainsi, grâce à l’implication exemplaire de Dominique Présent, mais aussi de Christian Bourret et de Christel Porte, respectivement responsable et coordinatrice du DUCA, le vote de la maquette du DUCA au Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire (CEVU) et au Conseil d’Administration de l’Université s’est déroulé relativement facilement. A la Boutique de Gestion, on a aussi trouvé des personnes très enthousiastes, notamment Roland Bazin, alors dédié au Groupement de Créateurs.
Cette forte volonté des partenaires a été primordiale car porter un Groupement de Créateurs est déstabilisant pour chacune des trois structures partenaires, qui ont dû développer une nouvelle approche pédagogique et acquérir de nouvelles compétences. La Mission locale doit notamment assumer des interventions dans le cadre de la formation DUCA, ce qui ne fait pas partie de nos compétences de base. On a eu la chance à l’époque que le Groupement de Créateurs soit coordonné à la Mission Locale par América Ferragne, qui, en tant qu’ex-créatrice d’entreprise mais aussi sociologue de formation, avait tout à fait la carrure pour assumer ce rôle.
On a dû défendre le projet bec et ongles parce que c’était un parcours du combattant, sans financement spécifique. On a essuyé les plâtres la première année, mais dès la deuxième année notre Groupement de Créateurs fonctionnait à plein régime.

Comment le Groupement de Créateurs porté par la Mission Locale des Bords de Marne s’est-il ouvert à l’ensemble du département et est devenu le « Groupement de Créateurs du Val de Marne » ?
A l’origine il y avait deux projets de Groupements de Créateurs menés conjointement dans le département du Val de Marne : le nôtre et celui de Fontenay-sous-Bois, porté par la Mission Locale des Villes du Nord du Bois. Mais on a très rapidement convenu de mutualiser le projet et même de l’élargir à d’autres Missions Locales pour avoir un potentiel suffisamment riche et divers de public. Le Conseil Régional d’Ile-de-France, partenaire du Groupement de Créateurs depuis son démarrage, nous a également poussés à la roue pour porter le Groupement de Créateurs à l’échelle départementale. La difficulté est que le Val de Marne est marqué par une importante dichotomie entre l’Est et l’Ouest, avec un pôle économique essentiellement basé à l’Ouest et un Est majoritairement résidentiel, accentué par un manque de transversalité des transports.
Ainsi, on accompagne en moyenne chaque année 150 jeunes en phase d’émergence et une vingtaine en phase de formation DUCA, mais beaucoup viennent du territoire de la Mission Locale des Bords de Marne. On a donc initié en 2010 une campagne de sensibilisation des Missions Locales du département pour renforcer les orientations, en rencontrant les conseillers lors des réunions d’équipes. On est également en train de réfléchir à mettre en place des « Correspondants pilotes Groupement de Créateurs » dans chaque Mission Locale, qui pourraient se rencontrer régulièrement et participer aux comités techniques et de pilotage du Groupement de Créateurs ainsi qu’aux jurys, pour qu’ils s’investissent davantage dans le Groupement de Créateurs et en fassent profiter à leurs publics.
On n’a malheureusement jamais été soutenu par le Conseil Général du Val de Marne spécifiquement pour le Groupement de Créateurs, malgré des demandes auprès des services Politique de la Ville, Création d’activité, Insertion… On espère pouvoir obtenir un financement départemental, même si nous savons que les budgets des Conseils Généraux sont aujourd’hui très contraints.

De quels résultats, quantitatifs et qualitatifs, pouvez-vous faire état aujourd’hui ?

On a évalué que 94% des jeunes ayant accompli la phase d’émergence en 2009 avaient eu accès à un emploi durable, à une formation ou avaient créé leur activité, ce qui montre clairement la pertinence du dispositif.
Globalement, le Groupement de Créateurs est un processus d’inculturation plus que d’apprentissage. Ainsi, un des effets étonnants du Groupement de Créateurs est que, en encourageant les jeunes à se projeter en tant que futur chef d’entreprise, il favorise une posture d’empathie avec le monde du travail. Pour ceux qui choisissent finalement de chercher un emploi, ils sont tout à fait à l’aise en entretien de recrutement et lors de leur prise de fonction parce qu’ils comprennent mieux les enjeux et les préoccupations de leur employeur, du monde économique en général. En ce sens, je trouve que le Groupement de Créateurs est un outil bien plus efficace que les ateliers de Techniques de Recherche d’Emploi (TRE) classiques où l’on passe notre temps à dire aux jeunes « il faut arriver à l’heure », « on ne vient pas en jogging à un entretien », « on ne laisse pas des fautes dans les lettres de motivation ». Il n’y a pas tant de dispositifs qui permettent aux jeunes d’améliorer ainsi leur savoir-être !
On se rend compte de la progression des jeunes entre la première présentation de leur idée à l’entrée de la phase d’émergence et celle en jury final du DUCA, où ils sont devenus beaucoup plus à l’aise lorsqu’ils doivent parler en public. L’utilisation de PerformanSe® (logiciel d’auto-diagnostic centré sur les comportements professionnels et les motivations, ndlr) avant et après le dispositif nous permet de mesurer combien le Groupement de Créateurs favorise l’affirmation de soi, l’autonomie et la capacité de travail. Les jeunes s’affirment également au sein du groupe, en tant que personnes autonomes. Evidemment ça ne marche pas pour tous, on a parfois des jeunes pour lesquels on a l’impression que ça ne leur a rien apporté, mais c’est vraiment à la marge et néanmoins, une petite graine a été semée…
La remise des diplômes est toujours un moment émouvant, c’est l’occasion pour les jeunes de montrer à leurs parents qu’ils ont réussi, qu’ils ont fait un pied de nez à la vie en étant capable de rebondir.
Plus largement, la mise en place du Groupement de Créateurs a eu un impact sur la Mission Locale, en remettant en cause notre travail avec les jeunes et en le questionnant, par exemple sur la différence entre l’assistanat, qui devient presque péjoratif aujourd’hui, et cette culture entrepreneuriale, qui, au Québec, démarre dès la maternelle. Curieusement, alors que la finalité des Missions Locales est l’autonomie, la démarche entrepreneuriale ne fait pas partie de leur culture. Or qu’est-ce qui participe dans notre quotidien à une démarche de construction et d’autonomie des jeunes ? Pas grand-chose, en dehors de ce type de dispositif.

Quelles sont les perspectives d’évolution du Groupement de Créateurs ?
Aujourd’hui, les Groupements de Créateurs ont trouvé leur légitimité, grâce notamment au travail de l’ANGC sur la labellisation, l’élaboration du dossier d’inscription au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) et la valorisation du dispositif auprès des financeurs. Le Groupement de Créateurs du Val de Marne est aujourd'hui soutenu par la Région Ile-de-France, le groupe Sanofi, le Fonds Social Européen et la Ville de Champigny-sur-Marne dans le cadre du Contrat Urbain de Cohésion Sociale (CUCS).
Ce qui nous importe le plus, c’est de ne pas dériver vers l’accompagnement à la création d’entreprise, qui ne s’adresserait qu’à une niche supérieure des jeunes. Il faut vraiment conserver le cœur du dispositif : « comment je me prends en charge dans mon projet de vie ? ». Il pourrait être décliné dans l’ensemble de notre travail au quotidien dans les Missions Locales : quand un jeune pousse la porte de la Mission Locale, c’est qu’il a déjà une petite envie de quelque chose, et cette envie c’est par essence déjà une démarche de projet.
Ainsi, on doit rester vigilant à ne pas glisser vers des publics plus « faciles », d’autant plus qu’on a récemment ouvert le Groupement de Créateurs aux adultes, suite à la mise en place d’un PACE (Point d’accueil à la création d’entreprise, dispositif régional, ndlr) dans nos locaux de Champigny sur Marne. Les adultes sont souvent davantage motivés, car ils ont tout à fait conscience de l’intérêt et de la valeur du dispositif. La mixité jeunes-adultes est intéressante dans un groupe, mais à condition de faire les efforts nécessaires pour que les jeunes continuent à y trouver leur place.
Par ailleurs, même si on accueille les jeunes de tous les niveaux, sans aucun filtre, le processus d’appropriation du Groupement de Créateurs profite davantage aux jeunes qui ont les meilleurs niveaux scolaires et qui ont le moins de difficultés sociales. Aussi, il faudrait qu’on se questionne sur les moyens supplémentaires à mettre en œuvre, peut-être dans le cadre d’une réflexion commune avec l’ANGC et l’ensemble du réseau des Groupements de Créateurs, pour le dispositif profite à tous les jeunes. Ce type de remise en question est nécessaire parce que le Groupement de Créateurs est une démarche qui, par définition, a vocation à évoluer. On va organiser des manifestations trimestrielles pour diffuser l’information plus largement, sensibiliser à la culture de l’entrepreneuriat et renforcer notre présence dans les quartiers en proposant aux jeunes de les accompagner à la création d’associations, de clubs de sport … pour être au plus près d’eux.
La démarche entrepreneuriale, voila la clé ! Quelle belle aventure celle d’accompagner les jeunes dans leurs rêves en leur donnant les moyens de les réaliser !

Propos recueillis par Cécile Campy


Pour contacter Marc Zimmermann : m.zimmermann@ml-leperreux.reseau-idf.org

Pour être accompagné par le Groupement de Créateurs du Val de Marne :
Contacter Stéphane Briancourt, animateur du Groupement de Créateurs
Mission Locale des Bords de Marne
Tél. : 01 48 80 73 06
Mail : s.briancourt@ml-leperreux.reseau-idf.org
Page Facebook : www.facebook.com/groupementcreateurs.valdemarne


Publié le 17/07/2012

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