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Benoît Magnes : un Master 2 en Management Stratégique après avoir quitté l'école en 4ième

Quelle est votre activité professionnelle aujourd’hui ?
Depuis octobre 2012, je suis Chargé d’études marketing au sein de la SATT (Société d’Accélération du Transfert de Technologie) Lutech, créée en janvier 2012. La SATT Lutech travaille sur des résultats de recherche issues des laboratoires publics, dans l’objectif de les amener sur un marché économique pour les exploiter, sous la forme d’une start-up ou par concession de licence auprès d’un industriel. Nous sommes aujourd’hui une quinzaine de salariés. Mon travail à moi, c’est sur la partie business, marché, où j’interviens sur la sélection des technologies. Nous faisons une première étude pour savoir si les résultats issus du laboratoire ont un potentiel économique et ensuite nous accompagnons ce qu’on appelle la maturation technologique. Les résultats constituant de la propriété intellectuelle et pouvant être protégés par exemple par un brevet nécessitent souvent, pour faciliter un transfert vers un acteur économique, de passer d’abord par un prototypage, c’est-à-dire par la fabrication d’un prototype pré-industrialisable. Cela permet en effet de limiter les risques notamment technologiques et de les rendre plus attractifs pour l’industriel. Le financement de la maturation par la SATT Lutech permet ainsi de combler un vide entre la recherche publique et le monde économique.

Cela suppose donc que vous réalisiez des études marketing, pour vérifier que ces résultats répondent à un besoin du marché ?
Exactement, ou alors que l’on crée un nouveau besoin. Sur les aspects techniques, on n’est pas en mesure de dire si les résultats de recherche qui ont conduit à cette invention sont justes ou faux, ce n’est pas le rôle du marketing de les apprécier. Mais on cherche à savoir si ces résultats ont un intérêt auprès d’un consommateur final ou auprès d’un industriel qui pourrait l’intégrer dans son processus de production. Pour ces études marketing, on fait parfois appel à des prestataires externes, mais la plupart du temps, nous les réalisons en interne. Nous avons pour cela un service de cinq Chargés d’études marketing, bientôt six. Nous travaillons chacun en binôme avec un ingénieur en propriété intellectuelle, qui se charge de la protection des résultats.

Finalement, votre métier, c’est accompagner l’entrepreneuriat ?
Oui sur un segment particulier, celui des start-ups de haute technologie. C’est la dimension qui m’a intéressé dans ce travail : accompagner toutes les phases en amont d’un projet de création d’entreprise pour que cette dernière puisse se faire dans de bonnes conditions. Cependant, nous ne faisons pas seulement de la création d’entreprise mais du transfert de technologie en général ce qui inclut aussi de la concession de la licence.

Avant d’en arriver là, vous êtes passé par le Groupement de Créateurs de Seine et Loing, dont vous êtes sorti diplômé du DUCA (Diplôme d’Université de Créateur d’Activité) en 2006. Quel a été votre parcours avant d’arriver au Groupement de Créateurs ?

J’ai arrêté les études au collège en 4ième. J’étais parti en première année de CAP Bâtiment, mais j’ai arrêté au bout de quelques mois. Entre 16 et 21 ans, j’ai travaillé pour une multitude d’entreprises, dans le bâtiment, comme livreur de pizzas, plein de petits jobs comme ça. Puis j’ai travaillé environ un an sur les marchés, dans une boucherie. Je travaillais beaucoup, 60 heures par semaine en moyenne, en étant payé 800 € net non déclarés, avec une petite augmentation, au bout de quelques mois, à 990 €. Pour me garder, on me faisait miroiter que je deviendrais chef boucher, à 3 000 € par mois. Forcément, avec cet employeur, ça a fini par « clasher ». Il était très fier d’avoir monté sa boîte. Il n’arrêtait pas de me dire "J’ai galéré les premières années, mais j’ai créé ma boîte. Maintenant, ça marche." Comme je n’étais pas déclaré, j’avais le statut de demandeur d’emploi et j’étais accompagné par la Mission Locale de Nemours, un jour, une conseillère m’a demandé ce que je voulais faire. Je n’en avais aucune idée ; ce que je voulais, c’était gagner de l’argent. A l’époque, je vivais déjà seul depuis l’âge de 16 ans, mes ambitions s’arrêtaient à gagner de l’argent pour avoir un appartement et une belle voiture, je ne réfléchissais pas à ce que je voulais faire de ma vie. Je me suis dit "Quitte à être payé 800 € par mois en travaillant beaucoup, autant faire la même chose mais pour moi. Comme ça, je n’en voudrai qu’à moi, je n’en voudrai pas à mon patron." Alors j’ai dit à cette conseillère que je créerais bien une salle de sport, mais ça me paraissait irréaliste à l’époque. Pour moi c’était ridicule, je n’y croyais pas moi-même. J’avais dit ça quasiment comme une blague. Mais la conseillère m‘a pris au sérieux et m’a orienté sur un truc qui venait d’ouvrir, le Groupement de Créateurs.

Comment s’est déroulé votre passage au Groupement de Créateurs ?
A l’époque, je travaillais comme agent de sécurité dans un poste de garde d’une usine Henkel. Comme les nuits de surveillance étaient longues et peu mouvementée, j’avais du temps pour travailler sur mon projet dans le cadre de la phase d’émergence et préparer mon premier dossier de candidature pour le DUCA.
Je pratiquais la boxe dans le cadre de mes loisirs. Aussi, mon premier projet a été la création d’une salle de sport. Je savais ce que je voulais faire. La seule question était « est-ce que c’est faisable ? ». C’était un projet très ambitieux, mais personne ne m’a découragé. J’ai compris après que c’était justement la pédagogie des Groupements de Créateurs que de laisser les gens rêver pour qu’ensuite, pendant les six mois du DUCA, on confronte son projet avec la réalité. Quand j’ai présenté mon projet lors de la soutenance devant le jury final du DUCA, j’étais finalement passé de la création d’une salle de sport à une activité de coach sportif à domicile. Deux jours après cette soutenance, j’ai reçu un appel de mon conseiller Groupement de Créateurs qui m’a expliqué que le directeur de l’IUT de Sénart-Fontainebleau, qui faisait partie du jury, avait été très intéressé par ma présentation et me proposait d’intégrer l’IUT, pour faire le Diplôme Universitaire de Technologie (DUT) en Gestion des Entreprises et Administration (GEA). Les cours avaient déjà commencé depuis quinze jours, alors il lui fallait une réponse dès le lendemain… Comme je n’avais pas le Baccalauréat, on m’a proposé de faire une validation des acquis et de l’expérience.

Etait-ce évident pour vous qu’il fallait saisir cette chance de reprendre vos études ?
Je pense que oui. J’ai juste eu un peu peur car pendant le DUCA, j’avais discuté avec des étudiants en DUT GEA, je voyais le niveau de ce qu’ils faisaient en comptabilité ou en mathématiques, et ça me paraissait impressionnant, à l’époque. On m’a conseillé de tenter, parce que je n’avais rien à perdre. Une des demandes du directeur de l’IUT était que je fasse mon DUT GEA en apprentissage, parce qu’il pensait que j’avais une dimension plus professionnelle qu’académique, et que m’enfermer dans une salle de cours en permanence m’aurait mis en difficulté. Il a alors fallu que je trouve une entreprise en urgence. J’ai trouvé grâce à la Mission Locale qui m’a mis en relation avec une agence immobilière qui m’a recruté, à Villeneuve-le-Guyard. J’ai fait un an d’apprentissage avec eux en tant qu’assistant de direction. Je m’occupais de pas mal de choses, notamment de la publicité, des crédits immobiliers, de la prospection et de la mise en relation avec des clients, et un peu de la comptabilité.

Comment s’est déroulée la reprise de vos études après le DUCA ?
La reprise des études a été très difficile. J’étais à un niveau complètement différent des autres étudiants. J’ai dû prendre beaucoup de cours particuliers, en parallèle, surtout en maths, en français et en anglais. Je payais ces cours avec mes revenus d’apprenti. Je misais beaucoup sur les matières nouvelles, là où je démarrais au même niveau que les autres, comme la finance, la compta et le marketing. Il y avait juste la manière de m’exprimer sur le papier qui différait. J’ai fait le premier semestre avec 10,05 de moyenne et le deuxième avec 10,01… c’était donc très juste.
Parallèlement, je continuais la boxe, j’ai passé mes diplômes d’initiateur et d’instructeur fédéral. Le club dans lequel je boxais me sollicitait fortement pour que je reprenne le club en tant qu’entraîneur. Mais, prenant en compte la dimension de mes études, j’allais sortir avec un Bac+2, je me disais que j’avais d’autres ambitions dans la vie. La mairie de Nemours m’a finalement proposé de me recruter en tant qu’apprenti pour ma deuxième année de DUT, en aménageant mon temps de travail pour que puisse assurer des cours de boxe le soir, ce que j’ai accepté. J’ai alors intégré le service des affaires économiques de la Mairie de Nemours. Cette expérience m’a permis de faire des choses intéressantes, d’autant plus que c’était une période d’élections municipales. J’avais envie de voir comment ça se passait en interne, en tous cas je ne le regrette pas, parce que ça m’a appris des choses, notamment que je ne travaillerai jamais dans une mairie !

Comment ça s’est passé avec les autres étudiants du DUT ? C’était difficile d’avoir eu un parcours différent ?
Non, je me suis facilement intégré parmi les autres étudiants. Mais j’étais toujours dans le dernier wagon. Je n’étais jamais le dernier de la classe, mais je n’en étais pas loin. Ce qui était un peu dur, c’est que je m’investissais deux fois plus que les autres. Je travaillais le week-end et le soir...J’ai réussi à avoir mon DUT avec 12,35 de moyenne au dernier semestre. Il y a eu une petite amélioration, notamment grâce aux cours particuliers que j’ai continué à me financer et à suivre. A la fin de mon DUT, j’avais une nouvelle ambition : avoir un Master 2.

Avez-vous connu des moments de découragement ?
Après mon DUT, j’ai connu une année difficile. Quand j’ai présenté mes dossiers d’inscription pour rejoindre une Licence Générale afin de poursuivre en Master, je me suis retrouvé parmi tous les autres étudiants, avec un dossier bien moins bon que celui des autres. Il fallait un bac S, que je n’avais pas, et avoir des bonnes notes. J’ai déposé une vingtaine de dossiers de candidature, et je n’ai été accepté nulle part à part dans des licences professionnelles que j’ai refusées parce que je ne voulais pas que ça me ferme des portes par la suite pour entrer en Master.
Je me suis inscrit par défaut dans une Licence 2 en Sciences économiques à Nanterre, ce qui équivalait à repartir en Bac+2 alors que j’avais déjà le niveau. Mais je m’étais dit que ce serait facile pendant un an, ce qui me permettrait d’avoir des super notes, pour postuler à nouveau en Master l’année suivante. Or ça a été une très mauvaise idée : quand je me suis retrouvé dans un amphi de 600 personnes, avec 3 heures de cours le matin, 3 heures le soir à 20h et un gros trou entre les deux, je n’avais plus la dynamique professionnelle, avec le rythme classique de quelqu’un qui travaille, et ça m’a complètement perdu. Donc j’ai abandonné la Licence 2, en 2009. Je me suis concentré sur mes cours particuliers et sur la préparation d’un test pour entrer en Licence 3 générale. C’est un test avec beaucoup de culture générale, le bagage qui me manquait le plus

C’est alors que vous vous êtes relancé dans la création d’entreprise…
Oui, pendant cette année un peu difficile, comme j’avais du temps, et que je ne travaillais pas à ce moment-là, j’ai commencé à réfléchir à un projet d’importation et de distribution de produits alimentaires et artisanaux provenant du Moyen Orient. Je me suis rapidement rendu compte que, pour que ce soit intéressant en termes de coûts, il fallait avoir assez de volume pour remplir un container. Un de mes fournisseurs m’a alors orienté vers un de ses clients pour sous-louer une partie de container. J’ai alors rencontré le chef d’une entreprise déjà en place sur ce marché qui avait le même type de projet que moi, mais avec une dimension plus politique que « business ». Or il se rendait compte que l’aspect associatif, militant et politique ne lui permettait pas de développer une distribution de grande envergure. De plus, comme il était installé dans le sud de la France, il ne pouvait pas exploiter le potentiel d’activité en Île-de-France, dont il souhaitait faire une importante zone de développement commercial. Il m’a alors proposé que, plutôt que de créer mon entreprise, de rejoindre sa société en tant que salarié et de développer son nouveau réseau de distribution en Ile-de-France. J’ai donc entrepris de démarcher le commerce équitable, notamment Artisans du Monde, les boutiques indépendantes, mais aussi des établissements plus important, tel que l’Institut du Monde Arabe, et les épiceries de type oriental, les épiceries fines…
En parallèle j’ai alors repassé le test pour entrer en Licence 3, que j’ai beaucoup mieux réussi, et j’ai été accepté partout ! J’étais vraiment content, mais j’hésitais alors à continuer mes études en raison de ce nouveau projet avec cette société.. Comme je ne voulais pas abandonner mes études, j’ai choisi de faire la Licence de l’Université Paris 2 Panthéon-Assas, car elle me permettait d’être en apprentissage et donc de conserver mes responsabilités au sein de cette société d’importation et de distribution.

Quel type d’études avez-vous suivi alors ?
J’ai intégré ce qu’on appelle la Maîtrise de sciences de gestion (MSG) de l’Université Paris 2 Panthéon-Assas. C’est une formation de grande qualité, j’étais très fier d’être pris là-bas. C’était intensif, avec parfois des cours de 9h à 20h, à un niveau assez élevé. Je me suis même retrouvé avec des élèves sortis de classes préparatoires aux grandes écoles. Ça a été très dur de tenir le coup. J’ai obtenu la Licence 3 à 10 de moyenne tout rond... J’ai eu en fait 9,99, mais le comité de validation a décidé que j’étais un bon élève, qui s’investissait, alors ils ont arrondi à 10 pour que je puisse passer en Master 1.
Mais entre-temps, j’étais entré en conflit avec mon employeur, car on avait deux visions complètement opposées : tout ce qu’il favorisait m’empêchait de développer mon marché, et ce que je développais mettait en péril son message. Il m’a quand même proposé de m’associer à son entreprise, peu après, ce qui prouve que, même si on a été en désaccord, c’était constructif.
En Master 1, je suis entré dans l’association « Entreprendre pour Apprendre » pour une année d’apprentissage. Pendant cette année de Master 1, je me sentais enfin à l’aise, et j’ai pu arrêter de suivre des cours particuliers. J’ai obtenu le Master 1 avec mention assez bien avec 13 de moyenne.
Puis j’ai postulé à plusieurs Masters 2 et j’ai choisi le Master 2 Management Stratégique et Entrepreneuriat de l’Université Paris 2 Panthéon-Assas, parce qu’il était dirigé par la même personne que la MSG. Je voulais être sûr d’avoir quelque chose de solide, une formation de qualité. A cette époque-là, j’avais entendu parler des SATT (Société d’Accélération du Transfert de Technologie) car l’Université Paris 2 postulait à l’appel à projet. J’ai donc postulé pour un apprentissage avec l’Université Pierre et Marie Curie, en prévision de la création des SATT, au sein de la Direction Générale de la Recherche et du Transfert de Technologie. J’ai été diplômé en septembre 2012, avec 14,25 de moyenne. Je travaillais pour la SATT Lutech, depuis l’Université Pierre et Marie Curie. J’avais déjà négocié, avant la fin de mon Master 2, mon arrivée ici. J’ai voulu prendre un mois de battement entre mon diplôme et mon embauche, pour combler certaines lacunes notamment en anglais dans le cadre de séjours linguistiques.

C’est un parcours très varié, entre la boucherie, la boxe, l’agence immobilière, les produits du Moyen Orient, et la SATT… existe-t-il un lien selon vous ?
Le lien, c’est le challenge. J’aime l’autonomie et la responsabilité, qu’on me fasse confiance et que j’aie des projets à construire, à entreprendre. Mon lien avec l’entrepreneuriat reste fort même si je ne crée pas d’entreprise. Par exemple je fais partie d’un club d’investisseurs, la Cigale Chrysalide depuis deux ans à Paris. Nous avons déjà réalisé 3 investissements dans des créations d’entreprise et nous espérons financer encore plusieurs projets.

Quand vous avez participé au développement de la société d’importation et de distribution de produits du Moyen Orient, avez-vous bénéficié d’un accompagnement à la création d’entreprise ?
Non, je me suis juste servi des cours que j’avais eu en DUCA et en DUT, notamment un cours en option qui s’appelait « projet communication », pour me motiver à rédiger, à faire des choses formelles. Le DUCA m’a permis de savoir comment un business plan était fait, le DUT m’a permis de pousser un peu plus mes réflexions.

Pour votre deuxième projet de création, celui des produits du Moyen Orient, quelles ont été les plus grandes difficultés que vous avez rencontrées ?
Dans mon cas, les plus grandes difficultés ont été financières. Il me fallait en gros 60 000 € pour financer une partie du container. A l’époque, je devais avoir 6000 €. Avec le recul, je manquais de contacts avec des investisseurs. Au DUCA, lorsque que l’on arrivait au prévisionnel financier dans la construction de notre business plan, on se demandait tous, d’où on sortirait cet argent. L’investisseur restait une personne inconnue à qui on n’osait pas trop aller présenter son projet. Dans les années qui ont suivi mon DUCA, je suis beaucoup resté dans cette mentalité de me dire « je crée tout seul ». On n’a pas trop envie de partager son projet ni son capital, on craint de ne pas être d’accord avec un associé, alors on préfère rester seul. Avec le recul, aujourd’hui, je me rends compte que c’était une erreur.
Ainsi, ce qui m’a bloqué dans ce projet, c’est que je ne comptais que sur ce que je pouvais sortir de ma poche et ce que je pouvais emprunter à la banque, sachant que les banques étaient très frileuses. On se dit alors qu’il faut qu’on appelle la famille, mais on ne pense pas forcément aux investisseurs. Si j’avais lancé mon projet avec mon expérience d’aujourd’hui, il aurait pu être financé et démarré, et j’aurais en plus bénéficié d’un soutien d’expérience de la part des investisseurs, ce qui m’aurait largement aidé.

Vous pensez qu’être jeune c’est plus un avantage ou un inconvénient quand on veut créer une entreprise ?
Je n’en sais rien. Si vous regardez BFM Business, vous allez voir des interviews d’entrepreneurs très jeunes, qui ne seraient jamais passés à la télévision s’ils n’étaient pas jeunes. Le fait qu’ils soient jeunes est un atout de communication, on les met en valeur. D’un autre côté ça peut être l’effet complètement inverse : quand vous trouvez un investisseur ou que vous démarchez un client, c’est plus un inconvénient.

Vous considérez-vous comme un entrepreneur ?
Oui, parce que je pense que, aujourd’hui, l’entrepreneuriat, c’est une façon de concevoir sa vie et une mentalité, ce n’est pas simplement une action. J’ai l’impression d’entreprendre au quotidien, que ce soit au sein de ma société ou au sein de mes projets personnels. Il y a la notion de risques, derrière, la notion de sacrifice. Ma reprise d’études a été un réel investissement en temps et en argent et cela implique de faire des sacrifices en vue d’atteindre un objectif. Quand il y a eu cette histoire de DUCA et qu’on m’a dit, à la Mission Locale que je pouvais y entrer, de nombreuses personnes de mon entourage se sont moquées en pensant que j’échouerais. Je trouve qu’entreprendre, c’est aussi être capable de se projeter et d’y croire parfois même quand on bénéficie de peu de soutien. Entreprendre est lié à une notion de projet et surtout à la relation que l’on entretient avec ce projet, quelle que soit sa nature.-

Selon vous, existe-t-il des prédispositions pour la capacité d’entreprendre ou est-ce quelque chose qui peut s’acquérir ? Peut-on apprendre à entreprendre ?
Dans mes souvenirs, il y a des statistiques qui montrent que les personnes qui ont eu un parent entrepreneur sont fortement plus enclines à se lancer dans l’entrepreneuriat. Pour ma part, je n’ai pas d’entrepreneur dans mon entourage. Je pense qu’il y a une partie innée, une partie qui s’apprend. Après, je ne sais pas si on peut forcer quelqu’un à entreprendre. Je pense que ce qu’on peut faire, c’est créer le contexte pour favoriser l’action d’entreprendre : un contexte d’autonomie, de responsabilité, d’écoute, de confiance. Je pense que c’est aussi ça qui fera que la personne aura envie d’entreprendre. Dans mon entourage en tous cas, je constate que des gens ont un idéal de vie opposé au mien : ils préfèrent une certaine sécurité, un quotidien prévisible. Je ne sais pas si on pourrait leur apprendre à prendre des risques, à partir demain dans un pays étranger sans rien avoir réservé à l’avance. Je pense qu’il y a quelque chose en eux lié à leur éducation, qui est plus profond que l’apprentissage, qui fait que, au final, ils ne seront jamais dans une position de confort si on veut les forcer à entreprendre.
Il y a aussi la relation à soi-même : est-ce qu’on est bien dans un bureau plein de bazar ou est-ce qu’on a besoin que tout soit rangé avant de pouvoir travailler. Et est-ce qu’on peut apprendre à celui qui aime ranger à travailler dans le bazar ? J’ai un peu l’impression de constater avec des proches que certaines choses sont ancrées, ils peuvent avoir une vision complètement différente de la mienne. Du coup, quand on débat sur nos projets, on est dans des dimensions différentes.
A l’inverse, on pourrait se demander comment on pourrait m’apprendre à faire toujours la même chose, et à me dire que je suis là, en contrat pour trente ans et je ne bouge plus. On ne pourrait pas m’apprendre ça, ça va contre mes envies profondes. Ou si je le fais, je déprimerais parce que ça ne me conviendrait vraiment pas. Le fait d’entreprendre peut être aussi la capacité de saisir les opportunités, et c’est aussi pour ça que je me considère comme un entrepreneur. Mon chemin de vie a été construit par des opportunités, que j’ai saisies ou pas, mais que j’ai identifiées.
Il y a cet aspect de transformation d’une opportunité en valeur. De mon point de vue, sur tous mes projets successifs, ça a été le cas. Aujourd’hui, on peut quantifier cette valeur par mes responsabilités, par mon salaire, par mes diplômes, mais aussi par le plaisir de vivre tous les jours.

Qu’est-ce que le Groupement de Créateurs et le DUCA vous ont apporté de plus important ?
La confiance en moi, grâce à l’accompagnement et à l’écoute. A la fin du DUCA, les conseillers du Groupement de Créateurs faisaient presque partie de ma famille, c’étaient des gens à qui on pouvait se confier. Il y avait vraiment une relation forte, on sentait qu’ils étaient vraiment là pour nous
Le DUCA, ce n’était pas qu’une question de réussir notre projet, mais de faire l’effort d’être présent, d’essayer d’avoir des bons résultats, de réussir. C’était aussi de montrer qu’on prenait conscience de la bienveillance qu’on nous témoignait. Il y avait aussi le fait qu’on n’était jamais jugé. Aujourd’hui, j’aide parfois des personnes à titre personnel pour définir un business plan. Au début, j’étais dans le jugement, et je sentais qu’il y avait quelque chose qui cassait. Avec le recul, je me rends compte que, finalement, il faut laisser la personne identifier les points qui ne vont pas, comme le DUCA le faisait avec nous. C’est un processus qui est plus long pour arriver à l’objectif final mais qui est infiniment plus solide. Je l’ai ressenti, et aujourd’hui, je fais ce que je peux pour le mettre en œuvre dans mes relations avec des créateurs d’entreprise.
Dans le Groupement de Créateurs, les conseillers soulignent le positif dans notre travail. Même si c’est inconscient, ça nous donne peu à peu confiance en nous, surtout après une scolarité au cours de laquelle on a essentiellement reçu des critiques. Pour moi, le collège a été une catastrophe. Je me suis fait renvoyer de deux collèges, j’avais des enseignants qui me mettaient en cours de récré pour que je ne dérange pas le cours, ou qui me mettaient au fond.
Je pense que le fait que les conseillers du Groupement de Créateurs valorisent telle ou telle chose participe largement à la prise de confiance en soi.

Selon vous, est-ce que l’entrepreneuriat peut aider l’insertion de jeunes peu qualifiés même si, au bout, ils ne créent pas leur activité ?
Je pense que oui, à 200%. Quand on sort de cinq ans d’une grande école de commerce, si on crée, on sait ce qu’on perd. On sait la place qu’on perd, les responsabilités et le salaire qui lui sont associés. Alors que quand on n’est pas qualifié, on ne peut rien perdre de plus, on a tout à gagner. Même un échec entrepreneurial apporte énormément de choses, notamment de l’expérience. On ne rate jamais quelque chose à 100%. Mes échecs m’ont appris beaucoup : m’affirmer, soutenir des positions, même si je n’étais pas sûr de moi, prendre un peu de recul pour consolider les éléments qui ont conduit à l’échec, etc. Tout n’est jamais noir ou blanc.

Selon vous, faut-il encourager les jeunes à entreprendre et quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un jeune qui se lance dans l’entrepreneuriat ?
Bien sûr qu’il faut encourager les jeunes à entreprendre. Sur les conseils à donner, je pense que la relation entrepreneur-investisseur est un problème général en France. Il faudrait démystifier l’investisseur. Finalement, on n’est pas obligé d’avoir un projet super-technique pour convaincre un investisseur, au contraire. Dans mon projet DUCA, je suis passé de salle de sport à coach sportif à domicile, parce que je regardais ce que j’avais comme argent dans la poche. Je raisonnais ainsi : si je vendais ma voiture, j’aurais 10 000 €, donc il fallait que je fasse un projet à 10 000 €. Je me souviens de tous mes collègues à l’époque, et notamment ceux qui voulaient ouvrir des bars à thèmes, pour lesquels il fallait une Licence 4. Ils n’avaient pas les moyens et, finalement, ils renonçaient. Aujourd’hui, je n’aurais pas du tout cette vision-là.

Vous pensez que des investisseurs seraient prêts à s’associer à des jeunes créateurs d’entreprise non bacheliers ?
Que la prise de contact se conclue par un investissement ou pas, une personne qui va présenter son projet à un fond d’investissement en ressort grandie, parce qu’elle sait là où ça a pêché et ce qu’elle pourrait améliorer. Les investisseurs savent parfois protéger les porteurs de projet d’eux-mêmes : quand des personnes viennent pour des deuxièmes tours de table, parce qu’ils ont déjà dépensé toute leur trésorerie sans que l’activité ait de réelles perspectives de croissance, il nous arrive de dire « non » pour arrêter les dégâts avant qu’ils ne s’endettent trop.
Je trouve que, en France, on a une relation avec la finance assez particulière. Il y a sûrement des aspects très négatifs dans la finance, on a pu le constater, mais il y a aussi des aspects positifs, et il ne faut pas tout jeter à la poubelle. Cette relation peut être constructive. Dans le cadre de mon mémoire de Master 2, j’ai constaté que les chercheurs hyper qualifiés, parfois fonctionnaires depuis 30 ans, peuvent avoir un comportement proche des jeunes très peu qualifiés de par leur éloignement du monde de la création d’entreprise. D’ailleurs, ils n’ont pas vraiment envie d’entrer en relation avec des investisseurs et ce, par méconnaissance. Or quand on réunit notre comité d’investissement, on se rend compte que les investisseurs apportent beaucoup, au-delà du financement, avec leur réseau ils aident l’entreprise à se développer rapidement, ils mettent en évidence des points qui ne font pas plaisir, mais qui font réfléchir et avancer.

Propos recueillis en février 2013 par Cécile Campy et Olivier Ursulet


Publié le 28/03/2013

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