Les Groupements de Créateurs permettent à toute personne de développer sa propre activité :
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Les Groupements de Créateurs aux Assises de l'Entrepreneuriat

Dans le cadre des Assises de l'Entrepreneuriat initiées par le Gouvernement en janvier 2013, les Groupements de Créateurs et l'UNML (Union Nationale des Missions Locales) ont obtenu une audition le 26 février 2013 auprès d'un groupe de travail dédié à la diffusion de l'esprit d'entreprendre auprès des jeunes.

Présidé par Philippe Hayat*, ce groupe de travail a auditionné en premier lieu Didier Dugast, directeur de l'ANGC et de la MDEF/Mission Locale de Sénart, et Christine Marty, directrice de la Mission Locale de Marne-la-Vallée / Val-Maubuée, deux Missions Locales porteuses de Groupements de Créateurs.

Ensuite ont été auditionnés Eve Lam, Steeve Elice, Florence Marquis, Silas Lasbleiz et Julie Perrin, cinq jeunes ayant été accompagnés ou en cours d'accompagnement par les Groupements de Créateurs de Sénart, de Marne-la-Vallée et de Seine-Saint-Denis, dont trois avaient déjà créé leur activité.


Nous avons recuelli leurs témoignages lors de cette audition, qui, nous l'espérons, encouragera l'Etat à mettre en place des mesures spécifiques aux jeunes non-diplômés, qui sont aussi porteurs d'envies et de capacités d'entreprendre.

 

Philippe Hayat : Comment êtes-vous arrivés au Groupement de Créateurs et quel est votre projet ?

Eve Lam : Avant d’entrer au Groupement de Créateurs de Marne-la-Vallée / Val-Maubuée, j’étais à la recherche d’un emploi, suivie par la Mission Locale. J’ai eu pas mal de mauvaises expériences avec mes anciens patrons, alors je voulais être à mon propre compte. Je suis entrée en phase d’émergence avec le Groupement de Créateurs en juin 2011, puis j’ai suivi la formation DUCA, durant laquelle j’ai développé mon idée, appris à gérer une entreprise et pris confiance en moi. J’ai créé mon entreprise en octobre 2012. C’est un institut de beauté mobile, aménagé dans un camping-car, que je peux déplacer directement chez les clientes.

Steeve Elice : Mon parcours était un peu bancal. Suite à mon BEP, je voulais faire un Bac Pro Commerce en alternance, mais je n’y suis pas arrivé faute d’entreprise d’accueil. Je voulais développer une activité dans le domaine de l’évènementiel et de la restauration rapide. Inscrit à la Mission Locale de Pantin, je suis entré au Groupement de Créateurs de Seine-Saint-Denis. J’ai eu mon DUCA en 2011, je suis depuis devenu gestionnaire, sous le régime auto-entrepreneur.

Florence Marquis : Pour ma part, j’ai découvert le Groupement de Créateurs à la Mission Locale de Sénart, suite à la perte de mon emploi. J’ai commencé cette année, en janvier 2012, je suis actuellement en formation DUCA, et je souhaite créer une chocolaterie avec un espace salon de thé.

Julie Perrin : J’avais des difficultés à trouver du travail parce que je suis une sourde profonde, et parce que je n’avais pas mon Bac. J’en suis venue à me dire que ma seule solution était de créer ma propre activité, donc ma conseillère de Mission Locale m’a orientée vers le Groupement de Créateurs. Ça m’a permis de consolider mon idée en phase d’émergence puis de construire mon projet pendant la formation au DUCA. J’ai créé mon activité un an plus tard, une agence Web sous statut coopératif. Jusqu’à maintenant, ça se déroule très bien.

Silas Lasbleiz : J’ai connu le Groupement de Créateurs via la Mission Locale de Sénart. Comme je ne savais vraiment pas ce que je voulais faire, j’ai participé à une semaine de découverte des métiers, au cours de laquelle on nous a parlé aussi de création d’activité. Dès que le mot « création » a été prononcé, ça a réveillé mon rêve, qui était d’ouvrir une boutique de jeux de cartes et de plateaux. Je suis entré en phase d’émergence au Groupement de Créateurs, ce qui m’a aidé à prendre conscience de qui je suis, de mes capacités. Aujourd’hui je suis en formation DUCA, et comme j’ai arrêté les cours en troisième à cause de certaines difficultés personnelles, cette formation m’apporte vraiment quelque chose de concret. Même si je ne crée pas maintenant, j’aurai au moins ces acquis qui me soutiendront.

Philippe Hayat : quand vous avez passé la porte de la Mission Locale, est-ce que vous vous disiez « je veux créer mon entreprise » ou vous ne saviez pas du tout ce que vous vouliez faire ?

Florence Marquis : J’ai un CAP de pâtisserie, mais j’ai tellement souffert lors de mes premières expériences dans ce métier que je voulais changer de voie. Je me suis donc adressée à la Mission Locale pour trouver un emploi dans une autre branche. Comme j’aime le métier de pâtissier, ma conseillère m’a suggéré d’envisager la création d’une entreprise dans le domaine. De là est venue l’idée de créer.

Julie Perrin : Quand je suis entrée à la Mission Locale, je cherchais un emploi de graphiste. Ça faisait bien six mois que j’essayais, que je frappais à toutes les portes, mais je ne trouvais pas parce que, souvent, il s’agissait de petites entreprises dans lesquelles il fallait aussi faire d’autres petites tâches à côté, telles que répondre au téléphone. Or, en raison de mon handicap, je ne peux pas me servir du téléphone, et ça m’a fermé beaucoup de portes. Aussi, je n’ai pas cherché travailler en milieu protégé car mes parents ont toujours fait en sorte que je reçoive une éducation « normale », donc je considérais que j’avais la capacité de m’en sortir par moi-même. C’est pour ça que, un jour, j’en ai discuté avec ma conseillère de Mission Locale, et je me suis dit « pourquoi pas créer ma propre activité ? ». Si je suis mon propre patron, mon handicap ne regarde que moi, il n’y a que moi pour pallier à mes insuffisances. J’étais entourée de personnes qui m’aidaient à dépasser mon handicap, à me dire que je ne pouvais pas m’arrêter à ça. Effectivement, aujourd’hui, je travaille avec des gens, et mon handicap n’est pas un problème… même s’il faut reconnaître que, parfois, les gens aimeraient bien que je puisse aussi téléphoner, que je puisse faire certaines choses. Mais finalement, je m’en suis plutôt bien sortie.

Philippe Hayat : Est-ce que vous avez des idées, des choses à faire remonter dans le cadre des Assises de l’Entrepreneuriat, par rapport à ce que vous êtes en train de vivre, ou par rapport au contexte actuel ? Est-ce que, à votre avis il y a des éléments qui manquent, qu’il faudrait changer, pour permettre à des jeunes d’entreprendre ?

Julie Perrin : Selon moi, ce qui manque quand on cherche à créer son activité et qu’on est jeune, c’est de l’aide pour trouver les financements car c’est une bataille difficile à mener. Quand on est jeune, les banquiers nous accordent difficilement leur confiance. Et même quand on sort du DUCA, ce qui nous permet de nous présenter auprès des financeurs avec des compétences reconnues par un diplôme, avec un projet chiffré qu’on maîtrise, souvent, ça ne suffit pas. J’ai dû faire cinq ou six banques avant de trouver, ce qui m’a pris un an. Si j’avais eu un soutien plus officiel, j’aurais sans doute trouvé plus facilement. Je pense qu’il y a sûrement quelque chose à faire pour qu’on puisse avoir plus de tremplins de ce côté-là.

Steeve Elice : Il faudrait que le DUCA des Groupements de Créateurs soit mieux connu pour faciliter nos démarches.

Florence Marquis : Pour ma part, je pense que des dispositifs tels que les Groupements de Créateurs sont beaucoup plus utiles que des salons d’information sur la création d’entreprise par exemple, parce c’est l’accompagnement qui permet de mieux se connaître, de définir son projet, et d’apprendre à mieux gérer son stress tout au long de son projet.

Philippe Hayat : Est-ce que vous auriez aimé, en suivant ce parcours, avoir une reconnaissance « Jeune Entrepreneur de France », par exemple, un label qui puisse vous donner accès à une facilité de financement ?

Florence Marquis : je pense qu’un label du type « Jeune Entrepreneur de France » serait une bonne idée, pour augmenter notre crédit auprès des banques.

Julie Perrin : Si le label nous aide dans les financements, c’est intéressant. Aussi, nous donner la possibilité de consulter gratuitement des avocats serait d’une grande aide.

Philippe Hayat : Est-ce que vous auriez envie de retourner dans votre quartier pour parler de votre expérience, témoigner et encourager d’autres jeunes à suivre la même voie ?

Steeve Elice
: Pour ma part, j’ai déjà témoigné à plusieurs reprises dans mon quartier, dans le cadre de conférences, et aussi dans une association de créateurs bénéficiaires du RSA.

Florence Marquis
: Quand on réussit, je pense qu’on a envie de le partager avec tout le monde.

Julie Perrin : Plus on en parle, plus il y aura des résultats positifs pour d’autres personnes.

Philippe Hayat : La plupart d’entre vous sont au RSA. On ne vous a jamais proposé une bourse, comme on propose aux étudiants pour les aider à se financer pendant leurs études, ou une prime payée par la Région pour les entrepreneurs ?

Silas Lasbleiz : Pendant la formation DUCA, on a le statut de stagiaire de la formation professionnelle, ce qui nous permet de percevoir une rémunération.

Steeve Elice : Pour monter mon projet, j’ai eu le droit à l’Acre, qui est une aide qui peut aller jusqu’à 3000 € pendant douze mois.

Julie Perrin : Pour ma part, je bénéficie de l’AAH, ce qui m’a permis de recruter quelques employés pour booster la société. Par ailleurs, comme j’ai créé une société coopérative, j’ai eu droit à une subvention de 2500 € euros de la Région Île-de-France, ce qui m’a vraiment donné un coup de main. Je pense que si les jeunes créateurs pouvaient avoir une prime de cet ordre-là, ça pourrait donner un petit souffle en plus à leur projet.

Florence Marquis : En ce qui me concerne, comme la création de ma chocolaterie nécessitera énormément de fonds, je pense d’abord travailler en tant que salarié pour constituer mon capital avant de me lancer.

Philippe Hayat : Est-ce que vous avez des questions, des recommandations, des suggestions ?

Julie Perrin
: Il faudrait communiquer beaucoup plus, et donner les moyens aux Missions Locales de développer les dispositifs qui existent aujourd’hui, tels que le Groupement de Créateurs.

Florence Marquis
: Je ne me suis jamais autant investie que pendant cette formation au DUCA, car je sais qu’il s’agit de préparer mon métier plus tard. Au collège, tout me paraissait trop vague, je n’avais pas trouvé ma vocation. Maintenant que j’ai plus de recul, je vois l’intérêt que j’aurais eu à écouter au lieu de rigoler bêtement avec mes camarades au collège…

Steeve Elice : Ce serait bien qu’il y ait une option création d’entreprise à partir du lycée.

Julie Perrin : Je pense aussi que ça serait intéressant, en année de troisième et de terminale, de faire une journée sur l’entrepreneuriat, de renseigner les jeunes sur les solutions qui existent. Si on parlait de la possibilité de créer une activité, peut-être qu’il y aurait moins de jeunes qui décrocheraient des études.

* Chef d'entreprise, Philippe Hayat a fondé en 2007 l'association 100 000 Entrepreneurs, qui vise à transmettre l'envie d'entreprendre aux jeunes. Il est également administrateur de la Fondation Entreprendre. Suite à une mission qui lui a été confiée par Fleur Pellerin, Ministre Déléguée chargée des PME, de l'Innovation et de l'Economie Numérique, il a été l'auteur du rapport "Pour un new deal entrepreneurial  - Créer des entreprises de croissance" en octobre 2012.

Propos recueillis par Olivier Ursulet et Cécile Campy

 


Pour en savoir plus sur les Assises de l'Entrepreneuriat : http://www.redressement-productif.gouv.fr/assises-entrepreneuriat


Publié le 29/04/2013

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